Il y a les conflits stériles qui ressemblent juste à un match de ping-pong. Où chaucun se renvoit la balle « de la faute ». Ou pire les matchs de boxe où le but est simplement de rendre l’autre KO. Et puis il y a le conflit comme « ingrédient de croissance ». Il permet de mettre les choses à plats avec assertivité. Pour faire grandir la relation dans l’intérêt des deux personnes en trouvant une solution qui convienne à chacun. Bien sûr c’est cette deuxième catégorie qui nous intéresse et nous allons voir ensemble 8 stratégies pour rendre un conflit bénéfique et productif.

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Choisir le moment et le lieu du conflit

Tout d’abord il vaut mieux éviter d’attaquer sur un sujet épineux à un moment où soi-même et/ou son interlocuteur est pressé, occupé ou a peu de temps devant lui à disposition.
Par exemple :

  • lorsque l’un des deux conduit
  • le matin juste avant de partir au travail
  • le soir après le travail, du moins tater le terrain avant histoire de s’assurer que l’autre n’a pas passé une mauvaise journée, et bien sûr éviter si soi-même on a passé une mauvaise journée
  • en fin de soirée lorsqu’on est fatigué et que l’un au moins des deux veut se coucher
  • lorsqu’au moins un des deux boit de l’alcool (ça n’aide pas à avoir les idées claires et pire ça a plutôt tendance à rendre agressif et buté)

Parfois on se dit qu’on préfère en finir et que ça sorte une fois pour toute, au moins après on est tranquille. Sauf que si les protagonistes ne sont pas dans de bonnes conditions. Dans ce cas le conflit risque d’aggraver la situation plutôt que d’être bénéfique. Au final si c’est pour finir plus mal que ça n’a commencé, on n’est pas franchement « tranquille ». Alors autant attendre un moment plus opportun.

Bref il s’agit de trouver un terrain le plus neutre possible et un moment où chacun est suffisamment calme et disponible.

Choisir ses combats

Comme avec les enfants, il faut savoir « choisir ses combats ». On ne peut pas toujours « batailler » sur tous les « détails » du quotidien, être sur tous les fronts. Au risque de s’épuiser et d’entrer dans un cercle vicieux où plus on bataille, plus on est frustré, donc plus on bataille….

Par exemple : laisser couler sur certains sujets comme le rangement d’un objet ou une catégorie d’objets de la maison, certaines modalités de l’organisation d’une soirée ou autre, le tempérament ou les dire de telle ou telle personne (collègue, ami, membre de la famille,…) etc…. Ou encore si on passé sa journée à argumenter avec ses collègues pour savoir qui a raison, a-t-on vraiment envie de recommencer le soir avec son conjoint ?

Parce que bien sûr il vaut aussi mieux lâcher prise sur ce sur quoi nous n’avons pas le contrôle. À savoir justement les comportements, paroles et opinions des autres. Proches ou moins proches. Ou encore la météo, les retards des transports, l’approvisionnement d’un magasin, etc… Dans ces cas-là, accepter permet ensuite d’agir avec bien plus de lucidité. Agir sur ce sur quoi on a prise en fonction de la situation.

Prendre une pause

Lorsqu’on constate que le ton monte trop et que le conflit devient inutile voir stérile, ne pas hésiter à prendre une pause pour calmer les esprits. Respirer alors un bon coup (respirer profondément permet de ramener du calme dans une situation de stress). C’est ainsi l’occasion d’apaiser ses émotions, de les écouter, pour y voir plus clair et faire la part des choses. Pourquoi pas aussi se demander : « quel est le véritable problème ? ».

Même (et surtout !) si s’arrêter et respirer n’est pas le premier réflexe, et si on peut avoir du mal à lâcher quelques minutes une conversations lorsque celle-ci ressemble à un combat de boxe. Pourtant ça peut être vital si on tient à ce que le conflit reste productif.

La pause permet de revenir ensuite dans une conversation qui ressemble plus à un débat argumenté et bienveillant qu’à un combat de boxe. Prendre ne serait-ce qu’un « chouilla » de distance émotionnelle permet de voir les choses sous un autre angle. Et pourquoi pas d’essayer de se mettre à la place de l’autre pour mieux le comprendre et fluidifier le dialogue. Pour aider à voir les choses sous un autre angle, voici quelques questions qu’on peut se poser :

  • quel est selon moi le problème ? et selon mon interlocuteur ?
  • quelles sont mes intensions ? que sais-je de ses intentions ? les a-t-il formulées ou est-ce que je les présume ? (attention aux suppositions !)
  • en quoi ai-je contribué au problème ? en quoi mon interlocuteur y a-t-il contribué ?

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Éviter les reproches générales (et en rafale)

Parfois, surtout si on a gardé plein de choses en soi sans oser les dire à l’autre, tout ressort au moment du conflit : « tu ne sors jamais les poubelles », « tu ne te déchausses pas avant d’entrer », « tu laisses systématiquement les torchons en boule », « tu es toujours en retard », « tu ne ranges jamais rien », etc….

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Les fameux « tu assassins » de la grande famille des reproches qui poussent l’autre à se justifier ou à contre-attaquer. Ces reproches titillent l’ego et une fois celui-ci stimulé, les émotions prennent le dessus. La personne n’est alors plus en mesure d’écouter objectivement nos arguments. Et tout espoir d’un conflit productif s’évapore.

D’ailleurs plus la personne a une faible estime d’elle-même et plus les émotions prendront le dessus. Plus le conflit risque de vite devenir stérile et violent, de partir dans « toutes les directions » et de ne rien résoudre.

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NB: On notera au passage l’utilisation dans l’exemple ci-dessus des mots « jamais » et « toujours » qui sont la plupart du temps des exagérations témoignant d’un jugement et aggravant la situation. Tâcher donc d’oublier ces deux adverbes pour les remplacer autant que possible par des indicateurs plus précis.

Un seul sujet à la fois

C’est bien pour éviter les désagréments liés aux « tu assassins » que la CNV préconise de parler de soi et de ses ressentis plutôt que du comportement de l’autre. S’attader sur les faits autant que possible plutôt que sur des jugements. Parce que lorsqu’il s’agit de fait (ou observation objective), et à condition qu’aucune mauvaise foi ne s’invite à la fête, alors on peut être d’accord sur la base et construire sur un socle stable.

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Quand bien même le socle est stable, on ne peut pas construire à la fois une maison, un immeuble, un gymnase et une école. Il faut choisir où ça risque de ne ressembler à rien et de n’être pas utilisable. Pareil pour le sujet de la conversation. Éviter donc de ressortir tout ce qu’on n’a pas pris le temps ou osé reprocher ces dernières semaines, mois ou années, au même moment.

À vouloir traiter trop de sujets/problèmes d’un coup on risque de n’en traiter aucun et de ne pas avancer. Comment résoudre un problème qu’on a « perdu de vue » ?

On risque de ne pas avancer. Juste s’en vouloir et ne même pas savoir exactement pourquoi, donc peut-être même reculer en fait ! Finalement, pour le bien de la conversation et de la relation, traiter un seul sujet à la fois. Et bien sûr viser le problème et non la personne.

Gare aux interprétations

Les événements se succèdent et nous ne les interpétons pas de la même façon. C’est pourquoi la communication est tellement essentielle. Qui mieux que l’autre peut expliquer ses intentions et ses perceptions ?

Bien des conflits arrivent à cause de malentendus, qui sont des mix de « mal-exprimés » et « mal-écoutés« . Surtout ne pas croire que l’autre peut deviner : expliquer le plus clairement possible ! L’autre est dans son propre cadre de référence, il voit le monde avec ses propres yeux, et ne perçoit pas forcément les événements de la même façon que nous.

Ne pas supposer que nous savons ce qu’il se passe dans la tête de l’autre, c’est aussi écouter attentivement ce que l’autre nous dit. Le plus possible sans juger, même si c’est difficile.
Sans sur-interpréter aussi : il n’y a pas forcément des reproches cachés partout, et les reproches sont plus souvent contre les actes d’une personne que contre la personne elle-même

Par exemple :

  • un « je n’aime pas » (nourriture, décoration, autre) ne veut pas dire « c’est mauvais / moche » ni « tu n’es pas doué(e) / à la hauteur ». C’est simplement les goûts d’une personne. D’ailleurs même « c’est moche » n’est pas en théorie (parce que dans la pratique ce n’est pas facile) à prendre personnellement puisque ça indique « juste » les goûts d’une personne et non une vérité générale;
  • ou encore j’aimerais que tu m’aides plus pour ceci ou cela ne veut pas dire « tu ne m’aides jamais, tu es une mauvaise personne, tu devrais avoir honte, tu n’es pas à la hauteur, etc…. » simplement que l’autre a besoin de plus d’aide, c’est tout !

Le cas de la susceptibilité

Les sur-interprétations, c’est la bête noire des personnes susceptibles et de leur entourage. Ces personnes se vexent, prennent la mouche « pour un rien » parce qu’elles s’imaginent qu’on s’en prend systématiquement à leur valeur profonde. Pour elles ce n’est donc pas « juste un rien » mais une attaque qui vient chaque fois rouvrir la blessure de toutes ces parties d’elles qu’elles n’assument pas. Quand on a une mauvaise estime de soi, c’est très difficile d’accepter de ne pas être parfait !

Lire aussi : Que faire face à la susceptibilité ?

Prendre ses responsabilités

Dans les conflits, il y a le plus souvent co-responsabilité. Même si notre esprit veut parfois nous faire croire que nous sommes du côté de la victime, que c’est injuste, que l’autre « n’est franchement pas cool là », bien souvent nous avons également joué notre part dans l’émergence du conflit. Ce que je dis et fais déclenche des émotions et comportements chez l’autre et inversement. On s’influence mutuellement et continuellement. Il n’y a ni début ni fin.

Pour trouver une solution qui convienne aux deux parties, il est essentiel que chacun prenne la responsabilité de ses actes et de ses émotions. Par exemple on n’est pas en colère « à cause » de l’autre mais à cause de plaies en nous et de besoins non satisfaits.

Lire aussi : comment gérer la colère ?

Quand aux actes, même si nous avons parfois des « circonstances atténuantes », de bonnes raisons ou autre, nous faisons généralement le choix d’agir comme nous agissons. Ce choix nous appartient.

Bien entendu pour « reconnaître ses torts », il est indispensable d’être en mesure de reconnaître et d’accepter son imperfection. Ce qui ne peut être réalisé qu’une fois que notre estime de nous-même est suffisamment haute et stable.

Lire aussi : Que faire concrètement pour améliorer durablement son estime de soi ?

Se comporter en « adulte »

Ne pas interrompre l’autre

Lorsqu’on se coupe trop vite la parole, la discussion peut vite tourner en un combat à « celui qui crie le plus fort« . Alors même si parfois la tentation est forte et que les paroles brûlent les lèvres tellement elles ont envie de sortir il vaut mieux se retenir. Se décentrer un peu de soi pour se tourner vers l’autre, pour le bien de la conversation, et de la relation.

Laisser l’autre parler, l’écouter activement. Même si on n’est pas d’accord. Ne pas non plus penser à ce qu’on va répondre pendant que l’autre parle. Et bien sûr c’est valable dans les deux sens : insister pour ne pas être coupé(e) lorsque nous sommes en train de nous exprimer ! Pourquoi pas instaurer des temps de parole si nécessaire ou faire appel à un médiateur, à condition qu’il soit relativement neutre dans le conflit.

Garder son sang-froid

On y arrive bien avec son patron ou un policier, pourquoi pas avec son conjoint ou un ami ? Ravaler sa fierté et se recentrer sur soi, sa respiration, le problème à résoudre, comment le résoudre et son propre rôle dedans. Pourquoi pas prendre une pause si nécessaire comme évoqué plus haut.

Dans tous les cas éviter les cris qui, certes défoulent, mais ne sont pas constructifs. Prendre l’habitude d’être attentif(ve) à la manière dont nous parlons. Et de baisser le ton si nécessaire. Ça n’en sera que plus bénéfique pour le niveau de stress de chacun et la résolution du conflit.

Qu’est-ce qui est difficile pour toi dans la gestion d’un conflit ?

Lecture conseillée

L’art de faire la paix au quotidien. Un livre facile et rapide à lire qui aide à apaiser sa relation à soi et aux autres.

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