Libérer la parole, c’est le but de ce nouvel article-interview. Pour que des hypersensibles puissent s’exprimer sans filtre, sans peur du jugement, dire ce qu’ils ont sur le coeur. C’est au tour de Marielle, mère de 3 grands enfants, de nous partager son histoire et ses ressentis.

Peux-tu te présenter ?

Marielle, j’ai 53 ans, j’ai 3 enfants. Je vis dans le sud-ouest de la France. Mieux vaut tard que jamais pour se rencontrer et s’accepter tel que l’on est !

Depuis combien de temps sais-tu que tu es hypersensible ? Comment t’en es-tu rendu compte ?

Je me suis toujours sentie différente et en décalage depuis l’enfance : le besoin de s’isoler, la recherche de la nature, des animaux, le bruit insupportable, la perception des émotions des autres etc…  Ce n’est que depuis 1an, que la chute a été vertigineuse, rupture conjugale, changement de poste professionnel, perte d’énergie comme si le corps était paralysé, perte de motivation, désorientée, pas de nuit de sommeil complète, pleurs…

Grâce à ce Burn-Out et tous les spécialistes que j’ai consulté (médecin généraliste, neuro-psychologue, psychologue, Ostéopathe-spécialisé en étiomédecine), j’ai pu définir mon comportement d’hypersensible.  

Au début, je suis restée interrogative, puis au fur et à mesure de recherches en documentations, j’ai compris mon fonctionnement. Tout est devenu plus clair. Le test passé chez le neuro-psychologue a confirmé mon hypersensibilité, me qualifiant même de HPE, au vu du pourcentage obtenu !

Bref, j’ai compris que je me devais de laisser couler l’éponge qui était pleine au risque de voir apparaître des maladies. 

« Les maux du corps sont les mots de l’âme ».

Es-tu parvenue à accepter ton hypersensibilité ?   Si oui comment ?

J’ai toujours été dans le refus et le contrôle de mes émotions. Le milieu social où j’ai grandi ne permettait pas d’exposer ses émotions ni ses sentiments. Tout était tabou, rien ne devait être discuté. J’ai donc tout naturellement refoulé toutes mes émotions à en souffrir à l’âge enfant, adolescent, adulte.  

Aujourd’hui je n’ai plus le choix pour être en paix.  J’accepte mon hypersensibilité et c’est même un soulagement de pouvoir mettre des caractéristiques sur son comportement. Les suivis avec les spécialistes m’ont permis d’accepter ce comportement et de me dire que non, je n’avais pas de troubles comportementaux.

Je me suis énormément documentée, livres, magazines, conférences sur réseaux sociaux, groupe sur réseaux sociaux. Certes, certains me disent que c’est un phénomène de mode de se déclarer hypersensible ! Mais si on n’en parlait pas aujourd’hui, aucun médecin ne m’aurait accompagné. Je serais encore dans le déni.

J’ai décidé de rester seule pendant un bon moment, pour pouvoir comprendre, analyser tous mes comportements et émotions que je refoulais depuis toujours. Je continue à m’analyser, me chercher, car le processus de l‘acceptation de mon hypersensibilité n’est pas simple.

J’ai acquis de mauvais automatismes négatifs depuis toujours et je cherche encore à inverser la tendance.  

Le développement personnel est un bon outil pour se régénérer et comprendre comment le psychisme de l’être humain fonctionne.

En quoi penses-tu que ton hypersensibilité soit une difficulté ? pour toi ? pour ton entourage ?

Mon hypersensibilité a été une difficulté dans la mesure où je l‘ai ignoré et cherché à la contrôler. Aujourd’hui ce qui est difficile, c‘est d’exposer mes émotions alors que l’on ne me connaît que dans le contrôle. Les amis apprécient ce changement plus authentique, et ce lâcher prise. 

Au travail, c’est plus compliqué. Même si l’arrêt de travail a mis à jour cette hypersensibilité, que j’ai évoqué à la hiérarchie. Les collègues et autres ont du mal à comprendre mes réactions. Notamment, certains pensent que je n’avais qu’un petit blues. Je me suis relevée si vite qu’ils ont des doutes sur le burn-out. C’est le propre de l’hypersensible de rebondir très rapidement : la résilience.

Pour d’autres, je ne suis qu’une personne qui fait du cinéma, pleurs, joie, tristesse, empathie, etc… Dans ce monde d’aujourd’hui, où le comportement accepté n’est qu’être dans une normalité, il est difficile de se faire une place en tant qu’hypersensible. 

En quoi est-ce un atout ? pour toi ? pour ton entourage ?

Accepter et se servir de son hypersensibilité, c’est être authentique. Alors oui, l’hypersensibilité est un atout pour moi.

Certes cela demande une énergie incroyable, car tout nous touche et nous absorbons les énergies de l’extérieur et des personnes.  

Je suis riche en créativité, pense beaucoup, analyse très vite. Mais je prends mon temps pour des décisions importantes. Ce n’est pas de l’indécision, contrairement au retour de commentaires de personnes que j’ai perçu. J’ai besoin de certitude et de concret pour avancer sur le bon chemin. 

Je déteste les sous-entendus, les non-dits négatif ou positif.

Je les perçois sans qu’ils soient évoqués. Rien qu’à l’attitude, le ton de la voix de la personne, je sais ce qu’elle veut exprimer. Quand une personne cherche ses mots, je les lui trouve avant qu’ils soient dits.

Je suis souvent révoltée contre ceux qui ne sont pas dans l’authenticité. Je déteste le formalisme, l’apparence que certains prennent pour se comporter dans ce monde (je les appelle des moutons). J’apprends à conjuguer avec ce genre de personnes, et leur comportement prétentieux et suffisant ne m’atteint plus aujourd’hui. Car je sais que ces personnes ont un problème avec leur égo. Et cela ne me concerne pas.

Émotions et pensées intenses

Mon ressenti, mes intuitions sont très intenses. Je ressens l’atmosphère dans une pièce ou un groupe de personnes. Si l’ambiance est négative, je vais tous faire pour m’en éloigner et ne plus fréquenter l’endroit ou la personne.  Je suis une éponge émotionnelle. Du coup je me méfie, maintenant que j’apprends à écouter mes émotions, à ce que cela ne m’atteigne plus. Je fais attention à ma grande empathie qui m’a souvent fait défaut et fait rencontrer des personnes trop négatives.

Mon entourage, mes amis, amies, ont quand même du mal à me suivre dans mes réflexions. Car je peux partir d’un point A et arriver à la fin de discussion au Z très rapidement. Ça, ce sont les pensées en arborescence qui filent ! Mais je sais qu’ils apprécient nos discussions dans ce sens.

Mes enfants sont tous hypersensibles. L’un est rationnel et les deux autres sont sur les émotions. Je les ai toujours poussés sur une autre éducation que celle que j’ai reçu. Avec eux, je suis naturelle et authentique depuis toujours, car le lien d’amour maternel est présent.  

Quels conseils pourrais-tu donner à une autre personne hypersensible ?

Je conseille à un hypersensible de s’accepter, d’écouter ses sensations corporelles, ses émotions, de s’analyser.

Cela fait souffrir de faire semblant d’être dans la normalité. Il faut l’avouer à son entourage, ne pas se cacher. Ce n’est pas simple car c’est un travail d’acceptation et de compréhension personnel. Si on rencontre des difficultés avec son entourage, ne pas hésiter à demander l’avis d’un médecin ou spécialiste de l’hypersensibilité.

Il existe des tonnes de documentations, livres, conférences, magazines psychologie, test, etc… Si ces informations peuvent vous apporter des réponses c’est bon signe !

Chaque jour, je me découvre, je m’amuse à analyser mes émotions. Je prends plaisir à identifier les comportements des autres sans que cela ne m’atteigne. La colère m’a quittée et je ne me vexe plus, je n’absorbe plus les critiques depuis que j’accepte cette hypersensibilité et que je travaille mon estime de moi-même.

Et à une personne qui ne l’est pas mais côtoie un ou plusieurs hypersensibles ?

Je conseille à celui qui côtoie un ou une hypersensible de ne pas chercher à le changer, de ne pas le mettre en cage.

Acceptez les moments de solitude de l’hypersensible, ce n’est pas pour s’éloigner de vous, c’est pour se ressourcer, recharger ses batteries.

L’hypersensible est intuitif, facilement excité, il pleure et voit la beauté partout. Respectez les émotions de l‘hypersensible, le laisser exprimer sa sensibilité. Il faut beaucoup communiquer. L’hypersensible adore qu’on le questionne sur ses états d’âmes.

Tout est toujours plus intense avec un hypersensible, je pense que lui exprimer clairement qu’on n’a pas envie de l’écouter à certains moments est important. Mais lui exprimer clairement et calmement, sans colère, sans agacement, car l‘hypersensible va croire que vous le rejetez et va se laisser tomber dans la tristesse, la mélancolie, le négatif.  La confiance et le respect sont essentiels pour la relation, comme dans toutes relations de personnes non hypersensibles.

Vivre avec un hypersensible, c’est comme sur un manège « Grand 8 », rien n’est linéaire ! Sensation garantie !

Des conseils de lecture ?

Je conseille les livres de Fabrice Midal :

Mr Midal a écrit énormément sur le sujet hypersensible.

Un livre qui m’a beaucoup aidée dans les émotions c’est « E.M.O.T.I.O.N. 7étapes pour se comprendre » de Catherine Aimelet Périssol et Pierre Massot.   Hyu

L’auteur Saverio Tomasella a écrit beaucoup sur le sujet :

Ou encore « Le sentiment d’abandon », etc…

Elaine N.Aron a écrit « Hypersensible, mieux se comprendre » et bien d’autres livres.

D’autres auteurs auteures : Maurice Barthélémy « Fort comme un hypersensible », Isabelle Filiozat,

Vous trouverez des tonnes de documents sur l’hypersensibilité.

Pour encore plus d’idées lectures n’hésite pas à faire un tour sur ma librairie en ligne 😉

N’hésite pas à laisser en commentaire un message pour Marielle (je me ferai un plaisir de le lui transmettre !) et/ou pour les autres hypersensibles qui liront cet article !

Sensiblement

Lauren

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